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Elections présidentielles en juillet : Le calcul politique savant de Dioncounda

Le prochain scrutin présidentiel au Mali confirmé pour le 28 juillet 2013 par le Président par Intérim Pr. Dioncounda Traoré à la veille de la conférence des donateurs pour le Mali qui s’est tenue il y a quelques jours à Bruxelles en Belgique, est un calcul politique savant qui cache à peine les vraies questions pratiques essentielles.

 

L’idée d’ogarniser des élections dites libres, crédibles, et transparentes avant même la libération totale et effective de l’ensemble du territoire, met à l’aise plus d’un malien. Que dire donc, si ces élections devraient se tenir sous la bénédiction du Président de la République fut-il Président par Intérim, qui est investi du pouvoir constitutionnel de la défense de l’intégrité territoriale ? Dès lors, se pose la question : pourquoi aller vers des élections alors que l’intégrité territoriale n’est encore effective ?

 

C’est vrai que l’opération Serval de la France a été un vrai succès en ce sens qu’elle a permis de libérer les grandes villes du septentrion malien du joug des islamistes djihadistes, mais à ce jour, la libération totale de l’ensemble des localités du grand nord malien n’est pas encore garantie. Le cas le plus emblématique reste bien sur et toujours la ville de Kidal qui demeure sous le contrôle des rebelles du MNLA. Par ailleurs, le MNLA tient encore des positions, et dans chaque endroit son contrôle, l’autorité militaire et administrative malienne y est interdite. Et pour le moment, le MNLA refuse toute idée de désarmement comme préalable aux négociations et ce malgré les incessants appels des autorités maliennes, et de la CEDEAO. Le mouvement semble à tout point de vue se tenir sur son pied de guerre avec les autorités de Transition du MALI dont l’un des premiers objectifs est le recouvrement total de l’intégrité du territoire. Alors qu’il n’est pas acquis encore, cet ultime objectif de la transition est entrain de s’enrober à celui de la tenue des élections présidentielles qui sont censées être libres, transparentes, et crédibles, en tout dans la feuille de route adoptée à l’unanimité par le Parlement malien.

 

Pour ce faire, le Président par Intérim semble aller trop vite en besogne. Au delà des questions d’ordre pratique pour une bonne tenue des élections au mois de juillet prochain, des interrogations non les moindres taraudent les esprits des analystes politiques sur les vraies motivations du Pr. Dioncounda Traoré.

 

Le calcul politique savant de Dioncounda

 

Dioncounda Traoré, Président par Intérim qu’il est, et Président de l’Assemblée Nationale qu’il fut sous les couleurs de sa formation politique, première force politique du Mali, sait pertinemment qu’aller aux élections présidentielles précipitamment arrangera sans doute les partis politiques fortement ancrés et installés à l’intérieur du pays. Déjà avec l’État d’urgence encours jusqu’au 06 juin 2013, les candidats avérés ou non sont assurés de ne pas pouvoir aborder leurs opérations de pré-campagne ou compagne tout simplement. Les candidats des partis politiques peu ou pas connus, se seraient passés à cœur de joie d’une durée de campagne minimaliste en perspectives. Car entre le 07 juin et le 28 juillet le temps bien est limité pour pouvoir sillonner un territoire vaste comme le Mali. Pour le faire rapidement, on verra mal un candidat répéter l’erreur fatale de Soumaila Cissé en 2002. Cela dit faudrait-il encore qu’un hélicoptère soit dans ses moyens ! Il ressort là clairement que, aller vite aux élections présidentielles portera préjudice d’un coté aux petites formations politiques qui doivent se faire connaître, et arrangera indéniablement de l’autre coté les grandes familles politiques fortement installées dans le pays profond. Adema, le parti du Pr. Dioncounda Traoré dont il fut d’ailleurs le Président, est incontestablement le plus implanté à l’intérieur du Mali. Eu égard non seulement le nombre ses élus (députés, et maires) mais aussi et surtout à la géographie des circonscriptions de ces élus. Pour consolider davantage cet avantage concurrentiel, et définitivement mettre toute la chance à leur côté le Président par Intérim et les siens ont etonné plus d’un en désignant Dramane Dembélé comme Candidat de l’Adema aux présidentielles de juillet. A y observer de près ce choix au prime à bord étonnant, est tout sauf anodin et fortuit car le contexte de la tenue des élections prochaines semble pour le moins susciter le sentiment de changement dans l’esprit d’une bonne partie de l’électorat qui a assisté de manière désœuvrée à l’effondrement de l’État sous la responsabilité des figures bien connues. Donc, quoi de plus normal de surfer sur cette envie de changement en perspectives avec un Candidat « nouveau » en plus jeune !

 

On cerne aussi l’intelligence de ce calcul politique savant de Dioncounda Traoré avec l’adhésion de la France libératrice sinon de l’appropriation de l’idée de la tenue des élections présidentielles au mois de Juillet par son Président François Hollande. Dincounda pouvait d’ailleurs facilement déduire cette adhésion pleine et entière du Président Français. Il est vrai que l’intervention française rapide au Mali a bénéficié aux premières heures en France de l’adhésion de l’ensemble de la classe politique française, mais le Président Français savait pertinemment que ce soutien unanime de la classe politique de son pays n’allait pas durer aussi longtemps que les autorités de la transition se maintiendront au pouvoir à Bamako, des autorités vues par certains politiques français comme illégitimes. Et au risque de ne pas ressusciter les passions de la (re)colonisation ici (chez une partie notamment de la gauche française qui dénonce les vielles bonnes méthodes de la France – Afrique) et là (chez les africains qui dénoncent les velléités colonisatrices de la France), François Hollande ne pouvait que patienter et attendre que l’initiative de la tenue rapide des élections vienne de Bamako. D’où d’ailleurs son intransigeance étonnante quant à la tenue effective des élections à la date annoncée par Dioncounda qui devrait s’attendre d’ailleurs à une telle appropriation de l’idée de la tenue rapide des présidentielles par François Hollande.

 

Ce calcul subtil du Président par Intérim cache mal dans le contexte actuel, les questions pratiques essentielles pour une bonne tenue des élections libres, transparentes, et crédibles.

 

Sur le plan juridique

 

Bien vrai que le Gouvernement de Transition vienne de procéder à d’importants aménagements au niveau de la loi électorale, malgré tout bien de questions restent sans réponses (pour le moment). Une de ces questions non moins importante, porte bien sûr l’article de la loi fondamentale malienne qui dispose que « le scrutin est légal et universel ». A supposer le scrutin ait lieu à Kidal ce qui n’est pas garanti pour le moment, comment faire voter l’ensemble des électeurs qui se sont trouvés dans les camps de réfugiés malgré eux sachant bien qu’il n’y a absolument pas de fichier valide sur ces populations déplacées ? Comment identifier tous les points de concentration de ces populations réfugiées ? Bien de questions d’ordre juridique restent poser, et risquent de demeurer malheureusement sans réponses adéquates.

 

La question du fichier électoral

 

La question du fichier est une question essentielle dans l’organisation d’une élection. Le choix opéré par le Gouvernement de Transition en la matière a surpris plus d’un. Puisque celui-ci a opté d’organiser les prochaines élections de juillet sur la base d’un fichier inédit à savoir le fichier issu du RAVEC. Bien que ce dernier offre l’avantage d’être biométrique, il ne convainque pas néanmoins certains observateurs politiques qui n’ont pas tardé à faire part de leurs inquiétudes. Et tout le monde sait désormais qu’un fichier biométrique n’est pas une garantie en soi contre d’éventuelles fraudes. Les présidentielles ivoiriennes l’ont bien montré en suffisance. Avec un fichier issu du RAVEC, plusieurs électeurs potentiels seront exclus d’office du scrutin car malgré l’importante campagne de communication autour de l’opération RAVEC plusieurs citoyens n’ont pas pu prendre part aux opérations de recensements. Ils seraient par exemple plusieurs centaines de milliers en Cote d’Ivoire. En plus, le fichier du RAVEC n’a pas pu être corrigé et se faisant ne tiendra pas compte à coup sûr des multiples mouvements de populations entre le début des opérations de recensements et le jour des élections.

 

Au-delà de ces observations techniques, la décision du Gouvernement concernant ce fichier suscite la question de son choix même. Il faut observer là que, le dernier gouvernement d’Amadou Toumani Touré avait fait le choix du RACE comme fichier devant conduire aux élections avortées de 2012 suite au putsch militaire et à l’invasion du septentrion malien par les islamistes et leurs alliés du MNLA. Mieux, l’équipe gouvernementale d’ATT avait procédé durant un mois à la correction du RACE pour justement tenir compte des mouvements des populations et les cas de radiations, et nouvelles inscriptions. Ces opérations ayant été menées jusqu’à leur terme et ayant certainement nécessité des coûts financiers, devraient déboucher du moins sur un fichier beaucoup plus actuel et réaliste. Alors, la question qui se pose, est de savoir pourquoi les autorités de transition ont pu renoncer à un tel fichier, fin prêt ou presque, et engager d’autres ressources financières pour un fichier inédit, incomplet, et non corrigé ? Seul le Gouvernement de Transition pourrait répondre à cette question…

Modibo TEMBELY



22/05/2013
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